“Éthiques & Mythes de la Création”, le séminaire sur les mythes en mouvement

Éthiques & Mythes de la Création, séminaire (photo @Dallet)

  Le monde bouge et nous en sommes les témoins pluriels.

Le séminaire ÉTHIQUES et MYTHES de la CRÉATION (EMC) explore l’imaginaire qui préside à la création des savoirs.

 Pour ce faire, il conjugue concrètement des expériences artistiques  et de terrain avec des exposés théoriques dans une perspective de compréhension globale des processus créatifs.

Cette confrontation transdisciplinaire associe les images, les sons avec les diverses formes de l’écrit, désormais transformés par les arts de l’enregistrement, définis naguère par Pierre Schaeffer comme des « Arts Relais ». Notre société démultiplie ces relais, qui sont des échos, des matières à narcissisme, mais aussi qui contribuent à réinventer des liens de proximité, enchâssés dans des processus mythiques. Il convient d’examiner cette fluidité mythique qui se transforme et perdure au travers des médias. Pourquoi associer l’éthique avec la création ? Nous pensons que l’éthique participe du socle des connaissances communes dont on peut interroger la généalogie et la pertinence des récits : l’éthique est une dynamique forte qui conjugue les arts, les sciences et la perception que chacun se fait de la construction des savoirs et du vivre-ensemble. L’éthique devient la ressource secrète de la création, dans une démultiplication d’aventures, de figures et de postures paradoxales, de la communion à la transgression des valeurs.
La création, comme l’innovation, sont des valeurs qui construisent l’architecture de l’avenir. La conjugaison du lien, du soin, du beau et du sens devient plus que jamais une exigence de la société, dès que celle-ci se fragilise. Le poète René Char stylise cette aspiration quand il écrit : « à chaque effondrement de preuves, le poète répond par une salve d’avenir ». Depuis la fin du siècle, une mue sensible s’esquisse à la rencontre des besoins du quotidien et de la quête d’un soi relié au collectif. La jouissance de la beauté va de pair avec une créativité de l’action qui réclame du sens. La création, cette pierre d’angle de la pensée occidentale, comme l’éveil est le socle de la pensée orientale, révèle au-delà de l’inquiétude de nos sociétés prométhéennes, une volonté de lien, de médiation et de reconnaissance. Ce désir éthique s’appuie sur la diversité du vivant, dans une exploration qui révèle des interfaces et des synergies complexes. Cette dimension concrète, analogique, irrigue la vie souterraine de nos expressions, de nos « songes » individuels au travail collectif de terrain.

Sept à neuf séances sont prévues par année, dans une perspective d’exposés interdisciplinaires complémentaires, qui analysent la complexité des mutations culturelles, des hybridations artistiques et des résurgences symboliques contemporaines. Depuis 2014, le séminaire EMC est entrée en partenariat avec Innovaxiom qui le filme et retransmet sur la réseau Internet You Tube  (cf Médiathèque) certaines de ses séances, les plus fameuses.

Ce programme s’inscrit dans la continuité du colloque fondateur de 2009, labellisé par l’Année Européenne de la Créativité et de l’Innovation.

Le séminaire EMC, présenté par l’Institut Charles Cros et le Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (EA 2448, université de Versailles St-Quentin, UVSQ)  correspond à un rendez-vous scientifique pérenne, lié au projet de recherche «Éthiques de la Création» qui allie dans une écoute constante, des universitaires avec des expérimentateurs et des chercheurs de terrain, des artistes et des auteurs. Ce séminaire a reçu le label Axe 1 : Anthropologie de la communication de la Maison des Sciences de l’Homme et s’est continué jusqu’en 2015 à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (Saint-Denis). En 2016, le séminaire EMC  a noué un partenariat avec la Fonderie École de l’image (Bagnolet). En 2017,  il est nomade, au gré des partenariats liés à nos thèmes  : à l’espace Harmattan (24 rue des Écoles, Paris) en février, avril,  mai  et octobre 2017 et avec la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord en mars 2017. Depuis 2018, le séminaire se déroule toute l’année à l’espace Harmattan, 24 rue des écoles à Paris. Et, depuis 2020, il se déroule en vision conférence…

Ce séminaire est  annoncé sur l’AGENDA de l’Institut Charles Cros et contenu est précisé sur cette rubrique, séance par séance.

Année 2021

Pour toute question complémentaire (et envoi de lien zoom après inscription), écrire par le courriel : sylvie.dallet@uvsq.fr  ou institutcharlescros@orange.fr

L’actualité me presse de recommencer, dans le contexte de la cancel culture…. le séminaire “Éthiques et mythes de la création “, laissé en suspens en ce début d’année …

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Prochaine séance en visioconférence Zoom :

Le samedi 12 juin de 10 heures à midi heures 30 (inscription par mail obligatoire)

Une séance internationale exceptionnelle en coordination avec Élie YAZBEK, réalisateur et homme de théâtre, professeur à l’Université Saint-Joseph et des artistes et intellectuels libanais : Mike AYVAZIAN (dramaturge, art-thérapeute), Sirine FATTOUH (historienne de l’art et artiste),  Ghada SAYEGH (philosophe de l’art)

Introduction :  La double explosion qui ravage la moitié de la ville de Beyrouth le 4 août 2020, fait plus de 200 morts et quelque 6 500 blessés. La population libanaise est en état de sidération : le port de la capitale représente une ressource vitale, alimentaire et financière, tandis que 300 000 personnes sont désormais sans abri. Cette catastrophe intervient, par ailleurs, dans une période de crise politique qui révèle la déliquescence du pouvoir et un corruption profonde, aggravées par la pandémie.  Un an plus tard, les artistes témoignent et interprètent ce drame, soulignant, pour certains, l’impossible représentation des terribles conséquences de l’explosion.

 Sylvie DALLET : Introduction :Ville en feu, démocratie en ruines, le témoignage de Lamia Ziadé

Sylvie Dallet, professeure des universités, pilote le programme international interdisciplinaire Éthiques de la création et, dans ce cadre, a co-organisé avec Élie Yazbek en 2012 le colloque international “Savoirs de frontières (Image, écriture, oralité), dont les actes ont été publiés dans la collection “Éthiques de la création” (Institut Charles Cros/Harmattan). Elle a enseigné à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth en cinéma et créé l’affiche du colloque de 2012.

Élie YAZBEK  : Introduction : La sidération par les images du blast

Résume: La série de court-métrages « Beirut 6 :07 », consacrée à l’explosion du port de Beyrouth, et sortie deux mois après le drame sur les chaines de télévision, a provoqué une grande polémique : la fiction peut-elle représenter cette catastrophe qui est considérée comme l’évènement non atomique le plus destructeur de la planète? « Nous avons la responsabilité de garder vivante la mémoire », dira l’un des réalisateurs. « Trop tôt, irrespectueux », répondra une internaute. Cette polémique met en évidence des questionnements sur le sens et la responsabilité dans la représentation d’un drame humain : entre la fiction et le documentaire, entre le témoignage (l’image mémoire) et le spectacle (l’image transmission), quel rôle ont les artistes ? Peut on tout dire et tout montrer, sans limite ?  

CV court :  Elie Yazbek a publié plusieurs ouvrages sur le cinéma dont Science fiction and religion (dir), Le super-héros à l’écran (dir), Regards sur le cinéma libanais (1990-2010) et Idéologie et montage dans le cinéma américain contemporain…, ainsi que 2 ouvrages en collaboration avec Sylvie Dallet. Il a publié également des pièces de théâtre, Orage d’été et Les autres enfants de Dieu. Il a réalisé plusieurs documentaires et court-métrages. 

Il est actuellement le directeur de l’École doctorale science de l’homme et de la société (EDSHS) à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, après avoir dirigé l’Institut d’études scéniques, audiovisuelles et cinématographiques (IESAV) entre 2011 et 2020, où il enseigne.Il est le secrétaire général de la Fondation Liban-Cinéma, dont la mission est le soutien à la production et à la diffusion du cinéma libanais.

Ghada SAYEGH  La possibilité d’une image

CV court :   Ghada Sayegh est docteure en études cinématographiques de l’Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, et maître de conférences à l’IESAV, Université Saint-Joseph de Beyrouth. Ses recherches portent sur la création artistique face à histoire, dans le cinéma et l’art contemporain au Liban. Elle a publié entre autres : Sur quelques concepts toufiquiens… Essai libre sur “Le retrait de la tradition suite au désastre démesuré, (L’Art Même) ; « Image(s) manquante(s), entre-deux »in Sur la photographie au Liban – Récits et essais, (Ed. KAPH) ; « La possibilité d’une image, trou(s) noir(s) », (Hors Champ). Elle a récemment entamé un recueil de fragments poétiques, La fin du monde a déjà eu lieu.

Résumé : Au Liban, la création artistique n’a de cesse d’être mise au défi face à la catastrophe qui n’en finit pas de survenir. Notre hypothèse est que la violence de l’événement implique une rupture de l’espace-temps, du langage, censé en rendre compte, et de l’image, censée le représenter. Quelles images seraient possibles face à la catastrophe passée et à venir.

Sirine FATTOUH : Le quotidien de la mémoire

CV court : Sirine Fattouh est une artiste, enseignante et chercheuse née en 1980 à Beyrouth, elle vit et travaille entre Beyrouth et Paris. Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris Cergy (ENSAPC), elle est titulaire d’un doctorat de l’université Paris 1 en Arts plastiques et Sciences de l’Art.Sirine Fattouh s’intéresse à la petite histoire, elle interroge son passé et son présent dans leurs rapports à la mémoire et à ses failles. Dans ses œuvres elle explore la relation complexe qu’elle entretient avec son pays d’origine et les conséquences des conflits et des guerres sur la vie quotidienne des gens. 

 Résumé:Depuis mon retour à Beyrouth en 2016, j’ai été confronté à plusieurs défis, l’un d’eux consiste à créer dans un pays dont le quotidien est constamment ébranlé par la situation sociopolitique. Durant ce séminaire, je présenterai mon projet d’installation vidéo Shield (en cours de réalisation) dans lequel une caméra embarquée filme mon quotidien depuis deux ans à partir de la vitre de ma voiture. 

Mike AYVAZIAN :  Il est encore trop tôt pour représenter le malheur   

CV court :CV court :  Dramaturge et acteur, Mike Ayvazian organise des ateliers thérapeutiques par le théâtre et les arts expressifs depuis 2010 . Pour ce faire, il a co-fondé l’ONG « “Astharté – Association de Thérapie par les Arts Expressifs”. Cette organisation travaille auprès des personnes  et des groupes vulnérables au travers  des différents dispositifs  du psychodrame, de la danse-thérapie, de la musicothérapie, de l’art-thérapie et des arts expressifs. Elle fournit aussi des formations et des coaching pour les universitaires et professionnels désirant intégrer les arts thérapeutiques dans leur pratiques. 

Résumé : Peut-on vraiment exprimer cette catastrophe artistiquement de sitôt ? la plupart des front-liners avec qui je travaille préfèrent aller vers des expressions ludiques ; durant des sessions de self-care/creative-support, ils ne veulent que s’amuser, et rester à la surface des choses… ce n’est qu’après un rétablissement d’un semblant d’équilibre qu’ils sont capables de parler de choses sérieuses, mais rarement de l’explosion… fatigue ? accablement ? fuite ? Sont-ils les seuls ? Paradoxalement, leur rendement créatif est de loin plus intéressant en groupe… pourquoi ?

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samedi 17 AVRIL 2021, de 10 heures à 12 heures 30

“DANSER encore : expériences et formes nouvelles en temps de pandémie

Avec les conférences de Frédéric COSTALLAT (danseur, chorégraphe), Christine HALLO (dessinatrice et exploratrice du mouvement) Christine ROQUET (maitresse de conférences, Université de Paris 8) et Louise SOULIÉ (danseuse, chorégraphe). Introduction de Sylvie DALLET.

Depuis une année, le mouvement des personnes s’est rétréci à des parcours contrôlés. Comment les danseurs, les danseuses et les chorégraphes ont ils continué à s’exprimer dans cette tension des corps et des trajets ?

La pandémie a pourtant donné naissance à des formes créatives nouvelles, dont certaines, conçues en urgence, sont des réponses au désespoir. Cette nouvelle séance du séminaire Éthiques & mythes de la création est à l’écoute des témoignages et des réflexions de Frédéric Costallat, Christine Hallo, Christine Roquet et Louise Soulié.

Introduction Sylvie Dallet

Ce séminaire gratuit et en accès libre se déroule en visioconférence samedi 17 avril de 10 heures à 12 heures 30. Cependant, pour recevoir le lien zoom, il faut s’inscrire (deux jours auparavant) sur le mail sylvie.dallet@uvsq.fr (ou institutcharlescros@orange.fr) Conférences du 17 avril 2021 (par ordre d’intervention) : Sylvie DALLET

(Introduction ): Danser toujours Frédéric COSTALLAT : Danses en archipel

CV : Frédéric Costallat est danseur et chorégraphe. Il a fondé en 2010 la Compagnie Black Bakara qui rassemble autour de ses créations (Port d’Attache, Exilé..), des danseurs professionnels, des amateurs et des stages de formation.

Résumé : La compagnie Black Bakara, basée à Saint Dizier a dû s’adapter aux contraintes officielles et, plus encore, aux entraves liées à la peur de la contagion. Les ressorts narratifs des chorégraphies ont été repensés dans l’urgence, sur des résidences de création éloignées telle à Mayotte avec le soutien du Rectorat. La danse convoque des espaces différents de la répétition au spectacle. Elle permet aussi de transformer et de transmettre des récits où les corps explorent des histoires et des formes inédites.

Christine HALLO : “Le mouvement de la vie”

CV : Illustratrice publicitaire diplômée de l’école Estienne et carnettiste, formée par une longue pratique du taichi chuan, Christine Hallo a peint et dessiné en parallèle de sa carrière, les mouvements de la vie : acrobates, arbres, danseurs, vagues…

Résumé : Stoppée net par le confinement dans ses projets de dessins en live, Christine Hallo a développé les ressources de la danse et l’expérience d’une grande calligraphie dessinée sur le thème des pins.

Christine ROQUET & Louise SOULIÉ : “Danser encore, pourquoi ?”

CV Christine Roquet : Christine Roquet est maîtresse de conférences au Département Danse de l’université Paris 8 Vincennes-St. Denis. Elle se consacre à l’enseignement et à la recherche en danse depuis le vaste domaine de « l’analyse du mouvement ». L’exploration du champ complexe de l’interaction constitue son domaine de recherche privilégié. Elle vient de publier Vu du geste. Interpréter le mouvement dansé, au Centre National de la Danse (2019).

CV Louise Soulié : Louise Soulié-Dubol est danseuse, chorégraphe et étudiante en master 2 au Département Danse de l’Université de Paris 8 Vincennes-St.Denis. Elle crée la Compagnie l’Êttre-Louve en 2010, qui développe à la fois des pièces chorégraphiques, des performances transdisciplinaires, des vidéos-danses mais aussi une activité pédagogique. Elle est interprète dans la Compagnie Auguste-Bienvenue pour la pièce Crépuscule, création 2020.

Résumé : Nous on veut continuer à danser encore… Ainsi commence la chanson récente de HK à l’origine de nombreuses flashmob qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Jouée et bougée en public, avec une volonté évidente de secouer le joug de la crise sanitaire qui nous confine, empêchant le spectacle vivant de libérer nos âmes, refusant à nos corps sans contact le plaisir de bouger en musique, sur la scène ou au bal, dans les parcs ou dans les boîtes. Malheur à celui qui pense, malheur à celui qui danse… C’est pour secouer cet anathème mortifère que les cours du département “Danse” de l’université ont repris au second semestre, en petits groupes. C’est depuis le cœur de l’atelier d’analyse du mouvement et d’une expérience de rue partagée que Christine Roquet, enseignante-chercheuse et Louise Soulié, étudiante en Master Danse, tenteront de penser en corps la nécessité d’une danse sous la pandémie.

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Le 20 mars 2021

BRISER LES STATUES, POURQUOI ? Démarches politiques et expressions esthétiques contemporaines

Avec trois conférences de l’historienne Jacqueline LALOUETTE (“Les statues de la discorde”) et des artistes céramistes Nicole CRESTOU (“Sculptures et installations éphémères”) et Gilles FROMONTEIL (” Bien au chaud, à l’ombre du sourire de Youri Gagarine”).

Introduction : Sylvie DALLET

Nicole CRESTOU : « Sculptures  et installations éphémères »

Résumé :  Les installations en terre crue sont, depuis mes premières expériences de 1983, composées d’éléments multiples mis en scène pour se détruire au cours de l’exposition. L’espace de démonstration dicte la scénographie, en intérieur comme en extérieur. Les représentations du corps entier ou en fragments, généralement féminin, répondent aux thèmes des expositions. La terre crue côtoie parfois la terre cuite. Mes sculptures figuratives du corps humain se détruisent naturellement au fil des expositions. 

CV succinct : Docteure en Arts et Sciences de l’Art, formée à l’Atelier Lerat école des Beaux-Arts de Bourges, Nicole Crestou est une céramiste française qui crée des installations figuratives attentives au corps, humains et non-humains et au végétal. Elle est active au sein de l’association céramique La Borne, un collectif de céramistes installé dans le Berry (Cher) autour d’un village déjà fameux au XIXémesiècle pour ses créations potières. 

 Gilles FROMONTEIL :  « Bien au chaud, à l’ombre du sourire de Youri Gagarine

Résumé : Enfant, assis devant la bibliothèque de mes parents, je regardais souvent les images de livres sur les révolutions. 1789, 1917 ces hommes, ces femmes juchés sur des automobiles le fusil armé d’une baïonnette, la Commune de Paris, les sourires de 1936 le poing levé, ou encore la Résistance que me racontait mon grand-père dans le Limousin. Naturellement depuis l’atelier Georges Jeanclos, à l’ENSBA de Paris, je me suis consacré à triturer autant la terre que ces épopées qui ponctuent l’histoire de l’humanité. 

J’ai plongé dans l’intimité de certaines figures qui deviennent signes : Napoléon, Mao-Tsé-Toung, Lénine, ou encore Georges Marchais, Trotsky, Rosa Luxembourg, Che Guevarra, Mandela… mais aussi les figures du libéralisme (Merkel, Thatcher, Reagan). 

Quand on travaille avec l’histoire, parfois c’est l’actualité qui bouscule. C’est ce qui est arrivé lors d’une exposition au Château d’Oiron en 2014, un mois après l’intervention de la Russie en Crimée. Il n’y eut pas de sculpture brisée, mais quasi déboulonnage, là où nous aurions dû être dans la référence à la proclamation du pavillon soviétique à l’Exposition universellede Paris en 1937… J’interviendrai lors de ce séminaire sur cette intervention politique d’État, qui déboula en plein travail de montage final de l’exposition.

CV Succinct : Gille Fromonteil est céramiste  (expositions en France, Allemagne, Bulgarie, Vietnam), formé àl’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (atelier Georges Jeanclos) et titulaire d’une maîtrise d’arts plastiques Paris 1. Il a exercé les responsabilités de secrétaire général du Syndicat National des Artistes Plasticiens CGT de 1992 à 2001 et de président du Conseil d’administration de la Maison des Artistes (organisme collecteur Sécurité sociale branche arts plastiques et graphiques) de 2001 à 2011.

Jacqueline LALOUETTE : “Les statues de la discorde”

Professeure émérite en Histoire contemporaine, Jacqueline Lalouette poursuit des recherches sur la mémoire et les expressions de la démocratie. Elle a publié en 2018 Un peuple de statues  La célébration sculptée des grands hommes. France, 1801-2018, et en 2021, Les statues de la discorde, sur les bris récent des statues sur les territoires d’outre-mer.

Le 22 mai 2020 en effet, deux statues martiniquaises de Victor Schoelcher furent brisées. Mais le bruit provoqué par ces destructions fut vite couvert par le fracas médiatique suscité par la mort de l’Afro-Américain George Floyd tué à Minneapolis, par la police, le 25 mai. Les images de son agonie agirent comme un catalyseur et déchaînèrent dans le monde des actes iconoclastes contre les statues glorifiant de « grands hommes » blancs, dont l’action est condamnée à divers titres (esclavagisme, colonialisme, racisme). 

Ces conférences sont libres d’accès et gratuites mais, pour recevoir le lien pour la Visioconférence, il faut s’inscrire sur le site de l’Institut Charles Cros ou par  le mail suivant :

Institutcharlescros@orange.fr ou sylvie.dallet@uvsq.

 Malgré la pandémie, trois séances sont prévues à l’automne  2020 :

  • 3 octobre :  “Résistances culturelles à la pandémie (l’exemple du Festival des Arts Foreztiers)” avec les équipes des Arts Foreztiers de juillet 2020
  • 4 novembre reporté en vidéoconférence le samedi 21 novembre (de 10 heures à12 heures30) : Handicaps et scènes vivantes avec les invités Olivier Couder et Laurent Grisel
  • le samedi 19 décembre en vidéoconférence (de 10 heures à 12 heures 30) : Les personnages de fiction  nous aident-ils encore à vivre ? avec pour invités Lorenzo Soccavo (Livre et lecture), Jean-Claude Heudin ( intelligence artificielle et science fiction) et Céline Mounier (sociologue)                                                                            
  • Merci de demander le lien de la vidéoconférence Zoom à Sylvie.dallet@uvsq.fr, au moins la veille du séminaire…..

Programme détaillé des séances de l’automne 2020 :

samedi 19 décembre de 10 à 12 heures 30 (visio- conférence Zoom inscription sur le mail sylvie.dallet@uvsq.fr)

Les personnages de fiction nous aident ils encore à vivre ?

Sylvie DALLET :  Introduction : L‘écriture, cette substance magique “comme l’écrit Le Clézio fait vivre, au delà du plaisir de la lecture du moment, des personnages qui restent dans nos mémoires et nous inspirent des choix et des renoncements. Une culture commune nous permettait, il y a quelque vingt ans, de s’incarner dans les héros et les héroïnes des oeuvres du passé. La dissociation des générations  fait surgir des personnages  ou des situations plus éphèmères, dont le rôle intime s’inscrit tout autant dans nos choix de vies. Citons Damasio : “Les furtifs nous ont appris une chose: il n’y a pas de lendemains qui chantent. Il n’y a que des aujourd’hui qui bruissent. » .  Si l’émergence des personnages singuliers induit des dialogues personnels avec leurs lecteurs, est ce l’amorce d’une lecture prospective qui annonce des comportements nouveaux ?

Lorenzo SOCCAVO :   Les personnages de fictions comme médiateurs

Travaillant sur le sentiment de “traversée du miroir” chez les lectrices et les lecteurs de fictions littéraires et forgeant pour cela le concept de “Fictionaute”, la part subjective de soi qu’une lectrice ou qu’un lecteur projette spontanément dans ses lectures, cette séance du séminaire Éthiques et Mythes de la Créationsera pour moi l’occasion de proposer une catégorisation de nos rapports aux personnages de fictions. Nous serons ainsi amenés à les considérer comme de possibles médiateurs entre monde sensoriel et mondes imaginaires. La comparaison entre personnes physiques et personnages fictionnels guidera notre essai de typologie aux confins de la fiction pour distinguer les apports respectifs dans la prise de conscience (et l’éventuelle autonomisation) de notre fictionaute, tant des personnes fictives, que des nouvelles formes de créatures numériques, jusqu’à l’émergence d’intelligences fictionnelles que j’avais abordée le 1ermai 2020 dans le cadre du séminaire Scénographies et Technologies S&T#3du psychanalyste Franck Ancel.

 Jen Claude HEUDIN : La musique créatrice de mondes imaginaires

 Les mondes imaginaires, en particulier de science-fiction, sont des lieux qui résultentd’une boucle étrange. Ils représentent des univers créés par leurs auteurs autant que par leurs personnages. C’est en effet au travers de leurs yeux et de leurs émotions que, dans un premier temps l’auteur, puis ensuite les lecteurs ou les spectateurs, « découvrent » ce monde. Dans les films, les séries, les jeux vidéos, la musique joue un rôle essentiel. Elle fait partie intégrante de la narration, du monde et de ses personnages, en participant à l’immersion sensorielle et émotionnelle.

CV : Jean-Claude Heudin est scientifique, écrivain et compositeur. Il est titulaire de l’Habilitation à Diriger des Recherches de l’Université Paris-Sud. Il est l’auteur de nombreux articles scientifiques au niveau international, ainsi que plusieurs ouvrages dans les domaines de l’Intelligence Artificielle (IA) et des sciences de la complexité aux éditions Odile Jacob, puis Science eBook dont il est le fondateur. Sa recherche actuelle se focalise sur l’IA émotionnelle et la musique électronique.

 Céline MOUNIER Les furtifs de Damasio

L’été 2019, j’ai lu Les furtifsd’Alain Damasio, un roman de science-fiction. J’ai été captivée par le personnage de Lorca, qui étudie les furtifs en anthropologue, protégé par un chef visionnaire et bienveillant à la fois. Pendant tout le roman, Lorca ouvre des voies de recherche, progresse lentement parfois, par accélérations à d’autres moments. Son regard reste critique sur la société des années 2040 avec ses « technococons » et autres « intechtes » qui façonnent un certain rapport à la consommation, aux loisirs et à l’autorité. Dans la société d’alors, chacun est replié sur soi et l’ordre économique gouverne l’ordre politique. En observateur engagé, Lorca est bientôt emporté par une énergie digne de la musique du Sacre du Printemps de Stravinsky. D’ailleurs, dans le roman, la place de la musique et des sons est essentielle, tout autant que la furtivité, l’animalité, la joie des corps qui se meuvent en liberté.

 Céline MOUNIER : Sociologue en entreprise, j’ai toujours considéré qu’il faut aimer les univers que l’on étudie. Mon maître en sociologie, Renaud Sainsaulieu, me disait un jour que les sociologues sont des gens en colère, en recherche d’une société meilleure, critiques de ce qu’elle ne fait pas assez pour libérer des énergies créatrices. Et aujourd’hui, je me sens bien dans des espaces où on danse, où on chante libres dans la ville, plantée des forêts urbaines, où la vivacité se déploie avec douceur et en couleurs. Le personnage de Lorca représente alors un idéal, je deviens envieuse de sa capacité à devenir furtif et c’est là que la fiction est forte. Depuis cette lecture, je photographie la ville différemment, je me sens prête à passer d’une vie cérébrale qui a longtemps été la mienne à un engagement sur un projet de permaculture, j’ai osé créer un spectacle au Festival des Arts foreZtiers !

Samedi 3 octobre 

  • Résistances culturelles à la pandémie (l’exemple du Festival des Arts Foreztiers)” séance de matinée de 10 heures à 13 heures.              
  • Deux axes pour cette matinée : Revenir sur une très belle expérience d’un Festival de plein air qui a réuni un public  enthousiaste autour d’une soixantaine d’artistes et conférenciers… et évoquer, en convergence, de nouvelles expériences telle celle de Tseh Knigi en Russie. 
  • introduction Sylvie DALLET (présidente Festival des Arts Foreztiers) :  “Comment faire essaimer cette expérience  ? Le Festival comme résistance culturelle de la biodiversité artistique ”                                    Le Festival de création Les Arts Foreztiers a été initié par l’Institut Charles Cros en 2010 dont il reste partenaire. Il rassemble des artistes et des conférenciers (en 2020, thème de “la Forêt nourricière”) sur plusieurs jours dans un village de montagne où Lafayette passé son enfance (le “Pourquoi pas ? devise du général Lafayette, héros de trois révolutions).
  •  Au fil des ans, le Festival renouvelle ses approches mais a su également fidéliser une équipe d’artistes et d’intellectuels, passionnés par les potentialités forestières.                  (http://www.lesartsforeztiers.eu et le FaceBook les arts foreztiers).
  •  Témoignages des intervenants Arts Foreztiers : certains artistes seront présents (Virginie BOURSETTE, Albert DAVID, Bérengère d’ORSAY, Olga KATAEVA-ROCHFORD, Céline MOUNIER….)
  • Une présentation d’un collectif russe  TSEH KNIGI, un Atelier de livres d’artistes ( http://www.laforesta.co/visual-strolls ), par Sara MAGAMBETOVA, cofondatrice de ce collectif, peintre, scénariste et écrivaine, passionnée de céramique et de travail du bois. La galerie web des deux artistes fondatrices, correspond à une réflexion collective sur les forêts  

Mercredi 4 NOVEMBRE  

  •   Thème de la séance :  Handicaps et spectacles vivants  de 14 à 17 heures                                                                  
  • avec les comédiens, poètes et metteurs en scène Olivier Couder,  Gérard Lefort et Laurent Grisel
  •  Introduction par Sylvie DALLET :  Handicaps créateurs.                    

Introduction : Le programme de recherche de l’Institut Charles Cros,  Éthiques de la création,  comporte depuis son origine un volet fondateur dit “Handicaps créateurs”. Cette démarche  a donné lieu à des colloques et des dialogues qui perdurent depuis plusieurs années.

  • Olivier COUDER : Présence du handicap dans le spectacle vivant :

Résumé : « Ce livre est celui d’un amateur. Il faut entendre par là que celui qui l’écrit est un amoureux du théâtre. Sur ma route de comédien puis de metteur en scène, le handicap s’est imposé presque malgré moi, sans que cela soit un projet construit ou un choix de carrière. Le Théâtre du Cristal que j’ai fondé en 1989 s’est alors ouvert à un hors champ de l’art tout aussi passionnant aujourd’hui et dont j’observe les effets insoupçonnés sur les plans esthétiques, sociologiques et politiques. » Un livre de référence sur l’épanouissement actuel des formes artistiques qui conjuguent le spectacle vivant et le handicap.

CV : Psychologue puis comédien et metteur en scène, Olivier Couder a fondé le Théâtre du Cristal en 1989.Depuis cette date, il met en scène les spectacles de la compagnie représentés en France et en Europe avec des comédiens dont bon nombre sont en situation de handicap. Il fonde également en 2010 un Pôle art et handicap soutenu par le département du Val d’Oise, la région Ile de France et le D.R.A.C. Il travaille actuellement à l’émergence d’un réseau francilien d’accessibilité culturelle et à la création d’une agence artistique afin de faciliter l’emploi des comédiens en situation de handicap dans les films, à la télévision et dans des projets de théâtre. Il a écrit plusieurs articles pour les revues « Théâtre Public », « Revue du champ Social », « le Français aujourd’hui » et collaboré à  l’ouvrage collectif « Des théâtres de l’Autres » (éditions Acoria). Son premier ouvrage «Présence du handicap dans le spectacle vivant » est publié en 2020.

  • Gérard LEFORT: Vivre et interpréter

Résumé : un parcours engagé contre l’exclusion de la “normalité”…

CV :  Naguère judoka, joueur d’échecs, passionné de moto, je découvre au début des années 80, le mime et le théâtre. L’accident qui m’a rendu paraplégique, fut l’occasion, pour moi, d’avancer dans une vie associative et expressive nouvelle, tel le one man show. Comédien, conférencier, j’exerce différents responsabilités qui : président de la Fédération Internationale des Droits de la Personne Handicapée, une association basée au Canada,  j’ai fondé le Groupement des Acteurs de Guadeloupe suite à une suggestion de Jean-Michel Ribes, j’apporte mon soutien à différentes associations et structures qui réfléchissent à la place des handicapés dans notre société de spectacle.

  • Laurent GRISELPoésies sourdes : une expérience de la scène :                                    

Résumé : En langue des signes, l’expérience de poésie conduit nécessairement à une expérience de la scène.  En France, les premières traces datent des années 1830-1840, les menus des banquets annuels de sourds transcrivent des poèmes signés. Dans les années 1900-1910, émerge une poésie féministe sourde. Mais, entre 1920 et 1975, c’est le Déni sourd : la culture sourde et son expression propre, la langue des signes, est déniée par les organisations de sourds elles-mêmes. L’IVT (International Visual Théâtre) est fondé en 1977 grâce à une coopération franco-étatsunienne, En 1978 est jouée la première pièce théâtrale, entièrement en silence, par douze comédiens sourds. Depuis 2010, l’association Arts Résonances, programme et anime une scène de poésies en langue des signes au festival international de poésie Voix Vives de Sète : poètes sourds, poètes entendants, traduits et existants, à l’instant même de leur performance, d’une langue dans l’autre. Les sourds ont pris appui sur leur perception corporelle des rythmes et des vibrations musicales et l’on transposée dans l’interprétation de chansons en LSF : dans les années 1970, aux USA, le Chansigne importe dans la gestuelle les affects de la chanson initiale. En dehors de la langue des signes, le poète sourd Bernard Bragg, inspiré par le mime Marceau, a inventé un art de scène sans équivalent, ni mime, ni chansigne, ni danse, le VV, Visual vernacular, Le VV est aujourd’hui, toujours, un grand lieu d’invention propre à la culture Sourde.

CV : Laurent Grisel a été ouvrier en banlieue parisienne puis dans le Dunkerquois ; permanent national d’une association de consommateurs et d’usagers (CLCV) ; dirigeant dans une société d’ingénierie en environnement (Écobilan SA). Il participe aux travaux du “Labo poétique” associant poètes sourds, poètes de langue orale, traducteurs de LSF et linguistes (voir : https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/le-laboratoire-poetique-poesie-en-lsf-creation-et-traduction).  Il est membre du comité de rédaction de la revue en ligne remue.net. Site personnel : imagine3tigres.net

Mercredi 2 décembre

  • Les personnages littéraires inspirent ils encore nos vies ?     (avec le chercheur Lorenzo SOCCAVO), de 14 à 17 heures                                                                                 

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 Été 2020

 La pandémie nous a contraint à annuler les séances du séminaires d’avril, de mai et de juin 2020.

Cependant,

Les quatre conférences liées au thème de la Forêt nourricière se sont bien déroulées   à 16 heures chaque, en le jardin de la Ferme Saint Éloi, village de Chavaniac Lafayette, dans le cadre du Festival des Arts Foreztiers  (programme consultable sur le site http://www.lesartsforeztiers.eu).

  • le 17 juillet conférence de Martin de la Soudière “Manger la montagne”. Martin de la Soudière souffrant n’ayant pu nous rejoindre, ses textes ont été lus par le comédien Gérard Lefort, qui s’était déplacé pour soutenir les Arts Foreztiers.
  • Le 18 juillet, Conférence de Sylvie Dallet sur le thème inédit de l’imaginaire “Femmes et  forêts
  • le18 juillet, conférence plurielle de l’association Et pourquoi pas , sur le thème de la forêt jardinée. Modératrice et discutante Nathalie Boudoul (vice présidente du Parc naturel régional du Livradois Forez)
  • le 20 juillet, conférence de Gautier Blanc, technicien rattaché à la Communauté de Communes des Rives du Haut Allier, qui s’était fait accompagner par un collègue de l’Office national des Forêts de Haute Loire.

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 AGENDA EMC 2020

le 1 avril 2020

Séance : L’engagement poétique

Avec les interventions de : Nicole Barrière,  Georges Chapouthier, Bruno Doucey, Laurent Grisel

Introduction : Sylvie Dallet

 Introduction : Quelques phrases de Paul Celan, choisi parmi d’autres témoins fulgurants. « Le poème est seul. Il est seul et en chemin. Celui qui l’écrit lui est simplement donné pour la route.” Et encore, ” Des poèmes, ce sont aussi des présents –des présents destinés aux attentifs. Des présents porteurs de destin.” Mais aussi “Écrire pour rester humain, Pour décrire les expériences extrêmes de l’activité humaine…”. Ce bout-à-bout suggère que la poésie contemporaine éclaire comme un fanal nos chemins collectifs et dévoile les ombres des sociétés qu’elle traverse.  Mais,  quelles ombres ?

Nicole BARRIÈRE :  Embarquement en poésie

Résumé : En relatant mon parcours personnel, je parlerai de mon expérience qui m’a amenée de l’écriture à l’animation de rencontres poétiques puis à l’édition, à la traduction , autant d’angles qui me font partie de mon engagement/ ou embarquement ainsi que le disait Albert Camus, car dans le  monde actuel il n’y a pas d’autre choix.

La question du langage poétique est au centre ce cet engagement, le langage poétique permet de changer de plan, de faire voir d’autres perspectives, sensibles, vivantes, irrationnelles parfois. Par l’écriture,  Il s’agit de rêver, rencontrer et résister, et  par l’édition et la traduction, de connaître, aimer et protéger. Le propos sera illustré d’exemples de ces engagements auprès des luttes des femmes et de la diffusion d’auteurs étrangers. 

CV  :  Nicole Barrière est Poète, essayiste, traductrice et dirige la collection « Accent tonique » aux éditions de l’Harmattan. Elle s’est engagée notamment pour la liberté des femmes en Afghanistan, et au Kurdistan d’Irak.  Elle défend la francophonie, les langues et les cultures menacées. Elle travaille aussi à des créations en collaboration avec des vidéastes et des plasticiens, et organise  (ou participe à) de multiples lectures dans les associations ainsi que dans des manifestations internationales  (Italie, Mexique, Sénégal, Algérie, Maroc, Argentine, Kosovo, Albanie, Bulgarie, Islande)

 Georges CHAPOUTHIER  (dit Georges Friedenkraft) : S’engager pour la poésie

Résumé : A la fois scientifque et poète, Georges Chapouthier montrera comment et pourquoi un scientifique peut justement s’engager pour la poésie. Il a animé, avec quelques amis, pendant près de 30 ans, la revue Jointure, ouverte à tous les courants poétiques. Marié à une femme originaire d’Extrême-Orient, il a particulièrement visé à promouvoir les rapports entre Asie et Francophonie, notamment par la publication de nombreux poètes asiatiques dans les colonnes de Jointure. Il a lui-même souvent utilisé des formes asiatiques (haïku, pantoun malais…) dans ses poèmes. Il est l’un des membres du conseil d’administration du « Congrès Mondial des Poètes ». Son activité de biologiste et de philosophe de la biologie l’a aussi amené à assembler des dossiers de poésie en faveur des animaux.

CV : De double formation biologiste et philosophe, Georges Chapouthier a fait toute sa carrière au CNRS où il est Directeur de Recherche Emérite. Il a écrit de nombreux livres sur le cerveau et sur les animaux. Sous le pseudonyme de Georges Friedenkraft, il a aussi beaucoup oeuvré pour la poésie, comme en témoigne le résumé ci-dessus.

Bruno DOUCEY  : Pour une poignée de ciel

Résumé : Les éditions Bruno Doucey viennent de publier une anthologie bilingue de la poésie  des femmes dalit, ces « intouchables » longtemps privés de parole. Ce livre est écrit pour faire entendre le cri de révolte des femmes et devient de ce fait, un ouvrage essentiel pour comprendre l’irruption des dalit, phénomène littéraire majeur de l’Inde postcoloniale.

CV : Bruno Doucey est poète et éditeur de poètes. Après avoir dirigé les éditions Seghers, il a fondé en 2010 une maison d’édition vouée à la défense des poésies du monde et aux valeurs militantes qui a pris aujourd’hui une place essentielle dans l’édition de poésie contemporaine avec plus d’une centaine d’ouvrages. Il est aussi romancier s’attachant le plus souvent à faire revivre de grandes figures de poètes assassinés comme Max Jacob (Le carnet retrouvé de monsieur Max, Éditions Bruno Doucey, 2015) ou Marianne Cohn (Si tu parles Marianne, éditions Elytis, 2014). Parmi ses derniers recueils, on peut citer Ceux qui se taisent et La vie est belle, parus aux Éditions Bruno Doucey.

 Laurent GRISEL : Climats, une genèse, une urgence

Résumé : Le dérèglement climatique est un défi humain, politique, physique – et poétique : comment rendre sensible ce qui excède notre sensibilité immédiate, intelligible ce qui est de grande complexité, accessible à l’action des phénomènes aussi gigantesques ? Composé à la suite d’une commande de Cécile Wajsbrot, lu alors qu’il était en cours d’écriture, en soutien au mouvement Alternatiba et depuis, dans plus d’une soixantaine de lieux, Climats a puisé ses ressources dans l’antique tradition de l’épopée avec ses combinaisons de registres très différents (lyrique, narratif, politique, technique, philosophique), ses brusques changements d’échelle, ses épithètes homériques… Ses héros sont des ouragans, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, les Indiens Munduruku, des galaxies, des paysans et des semences libres…

CV : Laurent Grisel a été ouvrier en banlieue parisienne puis dans le Dunkerquois ; permanent national d’une association de consommateurs et d’usagers (CLCV) ; dirigeant dans une société d’ingénierie en environnement (Écobilan SA). Ouvrages en cours : Journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d’avant et d’après ; Descartes tira l’épée, poème ; Des Beautés imparfaites, essai. Il est membre du comité de rédaction de la revue en ligne remue.net. Site personnel : [imagine3tigres.net.>https://www.imagine3tigres.net/spip.php?rubrique35]

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le 4 mars 2020

Séance : Le roman noir de l’entreprise

Prologue : Tout à la fois substitut de la famille, cellule innovante du monde du travail, l’entreprise, dans sa glorification gestionnaire, apparait à certains comme l’image idéalisée du “bon messager”. Sa valorisation médiatique suppose cependant que l’on occulte les autres sources du développement économique: le service public, les associations, les personnes et ce puissant levier que l’on nomme la culture. “Nous ne sommes pas une entreprise, nous sommes l’Université”: la récente  et fière réponse d’un groupe de chercheurs strasbourgeois nous conduit à repenser le mythe de “la bonne entreprise”, celle qui, tout faisant des profits, permettrait l’épanouissement de ses employés et mériterait, par ce biais, que l’État (ou l’opinion publique) cite sa conduite équilibrée en exemple. Il existe à rebours, un véritable “roman noir de l’entreprise” qui s’entretient par des zones d’ombre soigneusement éludées des récits panégyriques.

Trois invités vont exposer les racines de cette maltraitance qui a inspiré une abondante littérature et quelques films : Albert David, Georges Nurdin, Alessia Valli.

 Introduction : Sylvie Dallet

Albert DAVID Entreprise et management: peut-on revenir aux fondamentaux ?

 Résumé : Le roman noir de l’entreprise est aussi celui du management, vu comme activité ou comme groupe social des managers : l’entreprise et son management sont le théâtre de perversions de tous ordres, individuelles, collectives, institutionnelles. Le management serait-il intrinsèquement, et spécifiquement, pervers ? L’histoire est longue, dans la réalité comme dans les arts, d’affaires et de dénonciations qui pourraient nous faire pencher vers l’affirmative : harcèlements et domination, césarisme d’entreprise, lobbying sans scrupules, etc. Mais nous avons oublié les fondamentaux. Il faut revenir, avec Auguste et Cicéron, aux origines romaines de la gestion. Il faut se rappeler l’étymologie française de « management ». Il faut considérer le management comme une technologie, et aussi comme une humanité. Il faut analyser les idéaux dont étaient porteurs les grands contributeurs – et contributrices – à l’invention du management contemporain. On évoquera les contributions d’un Jean-Baptiste Godin, d’un Frederick Taylor, d’une Mary Parker Follett, d’un Peter Drucker, et on se demandera si leur démarches et créations relèvent d’une naïveté ou constituent des vecteurs de progrès.

Albert DAVID, diplômé de l’ESSEC, docteur en sciences de gestion, est professeur de management à l’Université Paris-Dauphine PSL, où il dirige le master “Management de l’Innovation”. Il est fondateur et directeur scientifique du Cercle de l’Innovation, une plateforme collaborative université-entreprise qui travaille sur l’innovation en management.  

Georges NURDIN : L’entreprise et son soleil noir

Résumé : L’entreprise représente 70 % du PIB, c’est dire qu’elle conduit, guide et conditionne  la plupart des attitudes et réflexes comportementaux (intérieurs & extérieurs). Elle est, par ailleurs le point focal, un peu à la manière d un four solaire qui concentre les rayons du soleil (noir en l’occurrence) jusqu’ au point de fusion : les  ingrédients, les inducteurs romanesques y sont chauffés à blanc : l’ argent, la puissance, la domination, la brutalité (le langage militaire de conquête, les  costs killers…voire les killers tout court), le sexe, la férocité, l’élimination, la dissimulation ( le secret industriel) , la convoitise ( la part de marché, le job de son supérieur), la trahison, la félonie (cyber) , la lâcheté, le mensonge (la communication). Et les histoires sont (très) souvent des « romans noirs »… d’où la rédemption est absente…et le lanceur d’alerte toujours puni…quant au preux chevalier… Enfin la concentration de psychopathes  parmi ses leaders y est de l ordre de 10 % à 20 % contre 1 % dans la population « ordinaire .

Et, cerise sur le gâteau, l’entreprise est devenue un  modèle universel épidémique : gouvernement, éducation, hôpital, association, religion, vie privée…

Georges NURDIN, diplômé de l’ESCP, du MIT et Docteur en économie, a exercé une trentaine d’années sur les 5 continents à des postes de Direction Générale et d’Administrateur au sein de grandes entreprises, avant de l’enseigner dans des Écoles de Commerce  puis en tant que directeur d’une Grande École. Il est également l’auteur d’une dizaine de livres de Management et de Gouvernance, romancier (Wanamatcha ! la prophétie des pétroglyphes), essayiste et chroniquer chez Capital.

Alessia VALLI : L’entreprise, ferment des passions noires

Résumé : L’entreprise est un univers très inspirant pour un roman, car ses membres et les personnes qui gravitent autour de l’entreprise sont animés par l’ambition, la convoitise, la jalousie, la rancœur et sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins… C’est un monde fait de rivalités, de course à la reconnaissance et à la recapitalisation en particulier pour les jeunes entreprises innovantes, ces start-ups qui ont toujours besoin de lever plus de capitaux pour leur développement car elles ne génèrent aucun chiffre d’affaire et leur cash burn est très élevé. Dans mon roman, Folles vies, l’héroïne est initiée à ce monde de la finance et des levées de fonds quand elle intègre la très sélect Biotech Society, un club privé d’investisseurs fortunés et fait la connaissance du charismatique Adriano, ambivalent fondateur de Genesis : une société de biotechnologie cotée en bourse, pionnière dans l’édition du génome.

Alessia VALLI a fait ses études universitaires au Royaume-Uni  (Maîtrise en Finance à l’Université de Cambridge et un Master en Droit à la London School of Economics). Elle connaît bien le monde de l’entreprise et, en particulier, celui des biotechs. Son roman La nostalgie du crépuscule publié chez Michalon a été récompensé par le Prix Contrepoint 2016 (prix fondé en 1971 par Patrick Modiano). Folles vies est son second roman (2019).

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 Le 5 février 2020

Séance : Justice visible, justice invisible ?

Avec les interventions et les témoignages de Joseph Krulic, Monika Siejka, Caroline Moine (sous réserve),  Véronique Fau- Vincenti.

Introduction : Depuis la Fronde, le pouvoir du juge est régulièrement rogné par le pouvoir central. De ce fait, les Français ont une perception floue du rôle de leur justice. Les drames cinématographiques axés sur les avocats, puis les séries télévisées axées sur la police, ont largement relayé cette méconnaissance, privant le citoyen d’une réflexion sur les recours, y compris contre les abus du pouvoir central. L’imaginaire de la demande d’asile devient aujourd’hui, le révélateur paradoxal de l’invisibilisation des pouvoirs du juge et du malaise de la justice, mal aimée et mal connue de la société française.

Avec les interventions de:

Joseph KRULIC (président de section à la Cour nationale du droit d’asile, agrégé en Histoire et HDR en sciences politiques)

Titre de la conférence  : Pouvoirs et fragilités du juge ?

Résumé : Depuis la révolte des parlements, les juges sont soumis en France à une méfiance cultivée par le politique et relayée par la société civile. Dans un tel contexte, Joseph Krulic, historien et juriste, expliquera les différents types de justice, leurs pouvoirs réels et les limites de ceux-ci…

Caroline MOINE (Historienne, MCF à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, elle a été membre du Conseil d’Administration de l’association française SOS Méditerranée de sa création jusqu’en 2018. Elle a copublié en 2019, avec Nathalie Levisalles, un recueil de textes inédits d’auteurs issus des pays du pourtour méditer-ranéen, Méditerranée, amère frontière (Actes Sud), dont les bénéfices seront reversés à SOS MEDITERRANÉE France)

Titre : La société civile et la justice face au droit maritime international : quand sauver des vies peut devenir un délit

L’association européenne SOS MÉDITERRANEE, issue de la société civile, se consacre depuis sa création en 2015 au sauvetage des migrants naufragés en Méditerranée. Pour se faire, elle déploie aussi bien des moyens techniques et logistiques importants, rendus possibles grâce à des dons, mais aussi un ambitieux travail de plaidoyer s’appuyant sur une charte éthique et des actions de sensibilisation destinées à rappeler le droit maritime international auprès des dirigeants européens. Malgré le harcèlement politique et judiciaire de certains pays comme l’Italie ces dernières années, SOS MÉDITERRANÉE a réussi à poursuivre ses missions, en mer et sur terre.

Monika SIEJKA (docteure en Histoire des médias, chercheuse interdisciplinaire sur les téléfilms et  les réseaux sociaux, Institut Charles Cros)

Titre : Imaginaire des juges dans les séries télévisées

Résumé : Sous l’influence du « soft power américain » et de la large audience des séries télévisées américaines, le public français connaît probablement mieux les arcanes de la justice américaine que celles de l’Hexagone. Pourtant certaines séries populaires comme Engrenages commencent à poser un regard sans concession sur les difficultés du système judiciaire français. Elles font écho au discours de plus en plus alarmiste de leurs consœurs étasuniennes qui s’inquiètent des défaillances très graves du fonctionnement démocratique. À la pointe de ce combat, The Good Fight qui porte son titre avec une ironie douloureuse ou Orange is the new Black qui finit sur l’invisibilité juridique des émigrés, proposent avec succès une lecture lucide des dangers encourus par notre société.

Véronique FAU -VINCENTI (Chercheuse associée au CESDIP, historienne au Musée de l’Histoire vivante)

Titre : Le juge, le fou et l’expertise pénale

Résumé : L’article 64 du code penal de 1810 (modifié en 1994 contre l’article 122-1) s’est heurté, durant le premier XIXeme siècle à une résistance des magistrats et à une incompréhension de l’opinion publique peu préparée à admettre que certains criminels puissent être des fous. Aussi a-t-il fallu que l’expertise mentale, à même de distinguer « qui est fou » de « qui ne l’est pas », puisse s’adosser à des contreforts nosographiques bâtis par des aliénistes soucieux d’affirmer, d’affiner puis de préserver leur art au sein d’espaces clos réservés au traitement des aliénés.

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