Les ateliers du Pourquoi pas ? les ForeZtiers de Lafayette

Chavaniac, 28 août 2013

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28 août Créa&T1 (photo Franck Raynaud)

Le 28 août 2013 s’est tenue la 42ème réunion de la Plate Forme « Créativités & Territoires » qui différait des rendez vous précédents par sa forme, son organisation et sa localisation. Voici trois ans, une première réunion de la Plate Forme à Chavaniac sous le titre des Sylvains de Lafayette avait rassemblé une quinzaine d’acteurs, majoritairement issus de la fonction publique (nationale et territoriale). Après le carré des Sylvains de 2010, les ForeZtiers de Lafayette  élargissent le cercle  territorial  des « Pourquoi pas ? » qui se profile  désormais associatif, artistique et entrepreneurial…et toujours philosophique. La date du 28 août 2013 signe enfin, en écho assourdi, le double anniversaire du discours de Martin Luther King « I have a dream »  en 1963 et du martyre de Saint Julien, patron de Brioude au IIIème siècle… L’Amérique métisse  et l’Auvergne religieuse entrent en résonnance du « Pourquoi pas ? » de Lafayette et de l’expérience éducative du Prévent menée depuis les années 1920 sur la commune de Chavaniac[1]. Le passé n’est jamais mort, il n’est même pas le passé. Les rêves, ces transes lointaines, reviennent dès que le moment se présente, à l’écoute d’une vie sauvage que les mondes virtuels démultiplient. L’embellie pour les créateurs, c’est la crise de l’économie classique, paradoxalement alliée à l’informatique, (c’est à dire aux nouveaux outils nomades de communication) et aux ressourcements de la nature. Ce vacillement des valeurs permet, par sa diversité même, le retour des parcours complexes, dans un partage  d’expériences de terrain, dont les générations passées pratiquaient déjà, mais sous formes technologiques différentes, la philosophie concrète.

Comprendre la densité des rencontres par des arpentages multiples : des invités du terrain sont paradoxalement venus de loin, de Clermont, de Moulins, de Massiac pour se parler de cette expérience collective du « Pourquoi pas ? »

« L’avant garde, quand elle est consciente, ne se tourne jamais vers le futur,  mais tente en un extrême effort, de renouer avec le passé… » Cette citation du philosophe Giorgio Agamben accompagnera paradoxalement notre tour de piste de la mobilité créative momentanément associée, sur cette portion de territoire altiligérien, au chatoiement des arts et de la nature.[2]

À l’écoute de chacun dans le respect des parcours

Une forme hors norme : nous nous sommes parlés  toute une journée dans la salle des Fêtes de Chavaniac-Lafayette, ce village de 341 habitants  (cinq hameaux et un bourg) qui ouvrait  ses espaces publics (lavoir, square, église, mairie, salle des fêtes, salle des aînés, bois, prairies et préaux d’école) au troisième Festival des Arts ForeZtiers. Après une visite au village des yourtes, résidence de feutre et de bois menée depuis quatre ans  par Auvergn Yack, nous avons déjeuné, créatifs et artistes réunis, d’un repas « tiré du sac » auprès de l’étang de pêche qui prospère sans publicité depuis vingt ans sous la direction de Michel et d’Éliane Borel, en contrebas du Château. Toute improvisation s’enrichit de nouveaux espaces de découverte : la générosité alléchante des mets, conjuguée au temps que l’humidité rendait incertain au plaisir des oies, n’ont pas interrompu les dialogues entrepris en matinée. Si 19 personnes ont participé en matinée, quelques 30  se sont exprimés lors de la séance postprandiale… Décidés à ne rien perdre de cette journée où la lumière jouait  des jeux délicats avec l’arc en ciel, certains se sont retrouvés, au terme de la promenade des Arts ForeZtiers, à poursuivre les discussions jusqu’à l’orée de la nuit.

 L’organisation  et les conditions de cette réunion exceptionnelle ont été conçues grâce au partenariat de l’Agence de Développement des Territoires d’Auvergne (mission Stéphanie Frobert) et de l’Institut Charles Cros (Sylvie Dallet), initiateur du troisième Festival de Création  des Arts ForeZtiers. Jacky Denieul  (IAAT et coresponsable de la Plate Forme « Créativités & Territoires ») et Christine Dion ont fait le voyage de la région du Poitou-Charentes pour apporter leurs expertises et leur écoute. Des artistes des Arts ForeZtiers 2013, tels que Youmna Tarazi et Anne Drevon avaient, naguère, participé à d’anciennes réunions de la Plate Forme[3]. D’autres créateurs tels que Pascal Masson (Pébrac), Cécile Auréjac (Vals le Chastel), Véro Bene (Chanteuges) ou Franck Raynaud (Siaugues Saint-Romain) ont directement pris la parole pour témoigner de leurs parcours professionnels et des raisons de leur présence sur le festival et sur la journée « Créativités & Territoires ».

Le sujet de cette journée s’articulait  en résonnances multiples autour de mots rarement accolés : accueil, naturalité, créativité… Trois élus sont venus au cours des séances, mêler discrètement leurs voix aux exposés : Guy Vissac (président du SMAT du Haut-Allier, ancien maire de Langeac), Christian Poulet (président de la Communauté de Commune de Paulhaguet, maire de Domeyrat) et Gilbert Lafont (maire de Chavaniac). Parmi les invités qui ont le plus souvent quitté vacances ou activités professionnelles pour se joindre à nous, la plupart venaient de Saint-Flour, de Murat, de Clermont, de cette Auvergne du Nord, connue pour ses villes et ses métiers.

La teneur de cette rencontre  a fonctionné en miroir de la salle, vortex du thème ForeZtiers  de l’année 2013 : « Orient-Occident, des passerelles Arc en Ciel ». Cet arc en ciel fugace qui nous a accompagné le 26 août lors des dialogues sur le chamanisme, était également au rendez-vous du 28. Pour débattre, une salle classiquement rectangulaire,  jaune et grise, ornée de grandes toiles peintes par Eddy Saint-Martin (France-Haïti), Suzy Tchang (Paris), Weixhuan Li (Chine), Marie-Jo Geffray (Montreuil), un tableau mixte de Diane Watteau & Sylvie Dallet (Paris-Chavaniac), une installation d’Hélène Hibou (Clermont) se juxtaposaient au chromo pâli de Lafayette et ses filles… signalétiques symboliques  dont les cartes postales transmettent l’orgueil suranné, « ici finit la France, ici commence l’Auvergne ». Regarder la ronde des oeuvres sous leurs différents  sens, offrait déjà aux intervenants, réunis en carré de forces, une complicité  fondamentale de parcours. Dans ce panorama de paysages et de figures, coexistaient dans la diversité de leurs imaginaires, Lafayette, l’Himalaya, des racines chevelues, des pierres de lave, une tête de cerf, un pâté de tête, des arbres, des labyrinthes, des fantômes et des forces colorées qui  renouvelaient de leurs élans, les fonctionnalités du bâtiment. Mais des hommes et des femmes présents, qui a vu le pâté de tête, juché sur la scène ?

Un dernier mot : les témoignages que nous avons écoutés mettent en scène des personnes qui ont osé la métamorphose personnelle et le changement professionnel après des études et des parcours divers. Leurs témoignages sont empreints de choix, voire de passion.  Leur diversité culturelle correspond à leur réflexion sur la biodiversité et la nécessité de renouer avec une nature vivante et inspiratrice, gage durable de l’existence humaine.  Nous percevons une attitude nouvelle chez ces artisans et petits entrepreneurs : la volonté de mener de front plusieurs expériences de vie, qui puissent être partagées  avec quelques amis sans être forcément médiatisées, comme si la culture opiniâtre de la modestie se conjuguait, comme par le passé, avec le silence des montagnes. Henri Pourrat a chanté cette force de la sève au travers ses livres[4] et ses poèmes. Cette « sobriété heureuse », pour reprendre le terme de l’écologiste Pierre Rabhi reste la pierre de socle de ces régions enveloppées d’un manteau de forêts sombres qui, depuis peu,  s’émaillent de hameaux fleuris.

 Les atouts secrets de la beauté

Avant d’aborder les témoignages qui forment le tissu des dialogues, laissons les cadres politiques esquisser le bilan de l’attractivité de leur région, naguère agricole, aujourd’hui touristique, bientôt renouvelée par une immigration composite.

La commune de Chavaniac, naguère fondue dans la commune de Saint-Georges d’Aurac,  relève de la Communauté de Communes de Paulhaguet qui rassemble  sur la Haute-Loire, 19 communes éparpillées en flanc de montagne dans le périmètre Sud-ouest du Parc Régional du Livradois Forez[5]. Cette Communauté de Communes (la plus importante en nombre de communes du département),  développe des trésors d’imagination, de solidarité et de résistance aux grands groupes : solidarité envers les plus isolés (plan transports à la demande), imagination dans la relocalisation industrielle et les ressources énergétiques, résistances multiples et inventives à tout ce que des structures nationales pourraient lui imposer sans concertation. Huit Communautés de Communes se sont regroupées en un Pays de Lafayette qui a rédigé une Charte de Cohésion sociale qui a reçu, lors de la Conférence de Stockholm, une écoute favorable. Les dimensions de la Charte s’attachent aux secteurs des maladies, aux fragilités des personnes à leurs mémoires. Ces marges altiligériennes aux futaies tapissées de champignons (menacés de ratissage abusif comme naguère les myrtilles), au sous-sol extraordinairement varié (uranium, fluorine, feldspath, volcanisme, sources, argiles)  porte ses regards tantôt vers la montagne tantôt vers la Limagne. Celle-ci développe vers les années 1970, dans un bassin en perte d’emploi, une association Renouveau du Val d’Allier qui se mue en 1984 en un Syndicat Mixte d’Aménagement du Haut-Allier tourné vers le tourisme. La cartographie historique dessine des zones de passage qui voient se côtoyer des villages perchés, ravinés de gorges et de montagnes, juxtaposés grâce à la route romaine vers le Velay et sa capitale du Puy.  La richesse monumentale vellave, la beauté des gorges de l’Allier et des monastères issus de la Chaise-Dieu, des vallées de la Senouire et de la Desges,  font de ces espaces drus, des lieux de halte touristique et de ressourcement spirituel après avoir réussi leur attraction sportive. Au sud, le projet collectif d’un Parc Naturel Régional du Val d’Allier, porté depuis 1994, représenté en 2004  structurée par une association de préfiguration dirigée par Luc Blondel (présent lors de cette réunion de Chavaniac) depuis 2011, émerge dans un désir de patrimonialisation qui touche désormais, au delà des monuments, la nature toute entière.

Questionner la créativité de ces territoires secrets, qui sont longtemps restés pauvres après avoir jalonné les routes des pèlerinages, relève d’un exercice nécessaire, qui atteste du renouveau des habitants et de l’habitat.   Pour exemple Eva Loubrieu, ancienne responsable culturelle en Ile-de-France, ayant organisé des salons littéraires, des espaces dédiés à la musique et au théâtre, a choisi depuis quelques mois de venir vivre à Saint-Préjet l’Armandon pour s’adonner à la reliure. Valérie Vallat se partage entre le Puy de Dôme et le village d’Aurouze en Haute-Loire, entre la création de luminaires en papier et le projet d’un café gourmand itinérant. Le designer Pascal Masson, associé cette année aux Arts Foreztiers, anime régulièrement avec quelques amis parisiens et hollandais (La Pensée sauvage)  une exposition annuelle d’art contemporain dans une des salles de l’abbaye de Pébrac, face au jardin partagé qu’anime une autre association.

Franck Raynaud, issu de Montpellier, concilie sablage de verre, photographie, journalisme et bénévolat d’intermédiation auprès d’organismes tels que la Grange à Palabres (Tailhac, 81 habitants et un festival de cinéma documentaire) ou l’association d’éducation populaire  dASA qui travaille de Brioude sur les territoires Sud Auvergne[6]. Ces territoires des marges, riches en contrastes, attirent de plus en plus de citadins alternatifs, citoyens du monde libertaire, qui s’installent dans des habitations vastes, riches en histoires, dont ils redessinent l’envergure professionnelle : l’entreprise Florvital s’est installé dans une ancienne école de Lavaudieu.

Dans cette dynamique de la beauté qui converse avec le tourisme, la création se construit en regard du riche patrimoine régional. Odette Arpin a été la pionnière de cette réflexion à partir de la dentelle faite main dont elle a installé  depuis 35 ans les meilleures ouvrières au premier étage du splendide Hôtel de la Dentelle, qu’elle a crée à Brioude, mondialement connue pour sa basilique et aujourd’hui, par la part créative de son Festival de l’Aquarelle.  Le projet dentellier concilie dans un même bâtiment rénové et scénographié, un musée, une boutique, des archives et un centre de création innovant. Grâce à Odette Arpin et son point de dentelle Le Cluny de Brioude, le centre s’inscrit parmi les trois premiers centres de dentelle d’art de France. Ce dialogue mené depuis trente ans avec les édiles et le Conseil Général, mais aussi avec les grandes maisons de couture, a porté ses fruits jusqu’à l’international[7]. Ce Cluny de Brioude s’offre comme une feuille allongée qui se décline désormais en soies polychromes : la nature vivante demeure le modèle d’inspiration que revendique Odette Arpin.

Pour autant, les notions de « culture », voire  de « création artistique » ne font pas toujours bon ménage : Sarah Poyeton de la Chambre des Métiers de Haute-Loire, Clément Rousseau de l’ARDTA (Cantal), Fabienne Corteel du Pays de Saint-Flour, Christian Poulet du Pays de Lafayette ont exprimé combien leur engagement pour l’accès à la culture  et à la création était un incessant combat, mené à plusieurs niveaux et sur des dispositifs multiples. Le pays de Salers, de Murat et du Cézallier ont tissé des partenariats qui attestent de perspectives  et de difficultés communes.

Échanges des savoirs et créativités artistiques

Après l’économie forestière, la petite industrie et l’élevage qui se sont effondrés voici trente ans, le tourisme  a depuis dix ans, suscité  de vraies rentrées d’argent qui, par la restauration patrimoniale, qui par des fêtes costumées, qui par des animations liées aux marchés paysans et brocantes.

Dans ce renouveau  de la mobilité  qui mise sur la créativité et l’innovation, la question de la culture et de l’échange des savoirs, suppose de nouveaux questionnements et parmi ceux-ci la nécessité de la qualité de la relation dans le partage des savoirs. Qu’ils soient artisans, retraités actifs ou bio-agriculteurs, ces Auvergnats de cœur retissent des liens  d’amour avec des lieux inspirants, protégés par la législation sur les paysages et la loi Montagne de 1985 qui a remplacé des perspectives sectorielles par une véritable politique intégrative. Jean-Yves Bechler, Commissaire à l’Aménagement du  Massif Central (DATAR) insiste sur ces formes sociales à réinventer sur des territoires qui s’autonomisent. Le lancement de points multiservices depuis 1994, aujourd’hui 250 en territoires ruraux est une initiative pionnière de l’Auvergne qui essaime désormais sur les autres territoires. De fait, une philosophie commune relie les cafés lectures associatifs locaux (à Langeac le Café Grenouille,  à Brioude La Clef),  les lieux de création artistique collective (La belle Étoile de Vals le Chastel, la Pensée sauvage de Pébrac, la Grange à Palabres de Tailhac, Les Arts Foreztiers de Chavaniac) et les espaces dédiés à l’observation des  paysages dans leur continuité environnementale.

La graphiste Véronique Bene raconte comment une direction collégiale de treize bénévoles, soutenus par une centaine d’adhérents  a transformé le Café Grenouille en un lieu  collectif de vie où la pensée s’alimente de questionnements, d’échanges de livres, de conférences  et de dialogues autour d’une petite restauration. Le partenariat avec les Arts Foreztiers, promptement conclu, a même donné lieu sur le terrain des yourtes (Auvergn yack) à une soirée relative aux « Philosophies de la nature et chamanismes entre Orient et Occident », avec la participation audiovisuelle de La Draille et des éditions indiennes Kailash (Pondichéry), qui ont, sur ce thème, envoyé au Café Grenouille quelques livres francophones de fabrication indienne. Dans une démarche analogue, la Maison des Oiseaux nichée sur la boucle de Lavoûte-Chilhac  rejoint la philosophie de préservation du Musée de la Paléontologie de Chilhac, son village parèdre, au surplomb du fleuve, sans que leurs fondations aient été concertées.  Les paysages, les animaux, les mémoires  et les blogs contribuent à construire l’histoire d’une vie culturelle transverse, à temporalités multiples,  qui se continue, bien au delà des villages concernés, vers la reconnaissance internationale.

Dans cette multi dimensionnalité de l’échange des savoirs, Adrien Sahuc témoignait de l’accompagnement des randonneurs en découverte de la nature altiligérienne et Jean Corneloup de l’expérience des Sentiers de l’imaginaire  (initiés  en Carladez par Nadine Vignolo) accompagnée par les étudiants le long de la Sioule à Murs de Barrès. Le sociologue Jean Corneloup dirige à l’université Blaise Pascal (Clermont) le parcours Master original « Tourisme sportif et pratiques récréatives de la nature »[8]. La réflexion de ce master inédit explore les espaces du « commun partagé »,  que permet, par une sorte de « contrat symbolique » la conduite d’expériences à haut niveau de sens.  La fragmentation des formes culturelles a souvent, dans les campagnes, conduit à mésestimer les forces de traduction sensible portées par la culture. Par le biais des personnes, nouvellement arrivées ou liées par leurs familles aux territoires, des essais de traduction se font jour, lentement acceptés au travers des difficultés partagées. Le monde rural, confronté aux intempéries et aux coups durs se prend en charge et réfléchit aux propositions culturelles innovantes, surtout  si elles engagent la dimension de la responsabilité  collective qu’il éprouve au quotidien : l’espoir reste têtu dès qu’il s’agit de devenir acteur du monde et du changement.

Vivre en harmonie

Dans cette double relation à la beauté  et à la liberté d’action qui fonde l’arrivée continue des créatifs sur la Pays de Lafayette et en Auvergne profonde, le logement prend une dimension nouvelle. Pour l’instant, les politiques prennent rarement la mesure de la demande d’un habitat de qualité, malgré les actions ciblées des CAUE (Conseils Architecture Urbanisme Environnement) départementaux, la référence des Architectes Conseils nommés sur chaque Région et les règlements qui s’ébauchent dans les Communautés de Communes. On peut suggérer que l’attente de ces nouveaux arrivants, liés par mille racines au territoires (vacances d’enfance, généalogies, recherche d’air pur, d’espace et de silence, ressourcements spirituels) devraient susciter,  comme à la fin du XIXème siècle, une vraie législation  esthétique de préservation des territoires de beauté. Les Parcs Naturels sont le fruit de cette perspective romantique qui liait fortement la beauté à la création et la vie. Le retour (ou l’arrivée) de porteurs de projets innovants et concrets augure d’une mutation fondamentale des terroirs qui redécouvrent cette notion centenaire de « réservoirs artistiques».  Aujourd’hui, un quart de la mobilité nationale se dirige vers les milieux ruraux et 25% de ces nouveaux migrants (autonomes ou en familles)  se déclarent simplement attirés par le cadre de vie. L’Auvergne est un Nouveau Monde, un terme fort que la Région Auvergne  a retrempé de l’imaginaire des pionniers américains.

 

Les témoignages des invités des autres départements ont apporté, sur la situation du site, quelques analogies précieuses.

Fabienne Corteel, venue de la Communauté de Communes de Massiac évoque l’expérience théâtrale du Pays de Saint-Flour, « Scènes de partage » et les initiatives  du Collectif Petit Pois Princesse qui collecte les mémoires locales pour  préparer les métamorphoses des territoires. Certains Parcs naturels tels le Parc des Volcans d’Auvergne  ont développé une véritable approche ethnologique des habitants, confrontés à la rareté de parole des jeunes, qui évitent plutôt qu’ils ne cherchent une culture complexe. Jérôme Moreau, chef de projet du Pays de Saint-Flour Haute Auvergne (représentant 105 communes) relie les projets culturels des territoires à l’accueil des populations. Angélique Viala travaillant en Cézallier (ComCom du pays de Murat),  comme Alice Guiet nouvellement lancée dans la diffusion du spectacle vivant, confirment ces difficultés et la nécessité de questionner la culture en milieu rural, voire d’aller la chercher et la provoquer.

 

Nous sommes  désormais sur une troisième génération de comportements qui s’ajuste assez bien avec les précédentes, pour peu qu’on lui laisse une vraie part expressive : de façon atypique en regard des régions françaises, l’activité artisanale, et particulièrement l’artisanat d’art se développe désormais sur des territoires désertés de l’industrie, dans une relation exigeante aux espaces boisés. La poétique des paysages suscite, au delà de la rêverie structurante,  l’implantation d’une nouvelle « ressourcerie » industrielle.

Sébastien Portal, chimiste reconverti en producteur d’huiles essentielles  (Florvital) a implanté son entreprise à Lavaudieu, consacré comme un des plus beaux villages de France, politiquement voué au musée avant que ce type d’expérience ne le secoue. La filière forestière traditionnelle se complémente du développement des cultures bio, de plantes médicinales (l’arnica auvergnat pour exemple, fournit l’Europe) et d’huiles essentielles. Il n’est d’institution qui ne se convertisse à la fauche raisonnée et réduise l’épandage des engrais chimiques, et, dans ce domaine de la santé, les choses vont assez vite, malgré des prémisses précaires.

 

Les témoignages des entrepreneurs, Sébastien et Corinne Portal sur Lavaudieu, Jonathan Lebeau à Saint-Privat du Dragon et celui de l’artiste Franck Raynaud (miroirs gravés exposés aux Arts ForeZtiers) concordent sur la persistance de leurs parcours (multiples), leur volonté de commencer quelque chose de neuf (et de beau)  et leur enracinement philosophique sur la passion au cœur. Le philosophe hollandais Spinoza n’a pas défini autrement la plénitude des bonheurs humains.
Sébastien Portal se définit comme un « arômaculteur » de Lavaudieu qui cultive  les simples (menthes, cassis, etc.) et transforme des résineux en extraits et en huiles essentielles. Cet ancien ingénieur chimiste formé dans le Nord de la France, naguère directeur d’usine de produits d’entretien pour le bois, a pris la décision d’aménager 2 puis 20 hectares de terrain familial pour la distillerie d’huiles.  S’il définit sa prise de conscience avec la raréfaction des abeilles, son activité  de production se développe en étoile : vente par internet aussi bien que dans les foires nationales, mais aussi soin des espèces et recherche des qualités de la flore et de la forêt (deux espèces de résineux d’auvergne).  Pour Jonathan Lebeau,  récemment installé en Val d’Allier pour développer des habitats de loisir écologiques, les atouts ont été les rencontres, l’accompagnement administratif et de formation (ARDTA notamment). Ayant étudié à Bruxelles, spécialisé dans les charpentes ogivales et l’isolation collective, il a conçu une coopérative de charpentiers avec quatre associés, qui travaillent sur pins Douglas, encore peu présents en nombre sur le territoire. Pour mémoire, quand Abel Charbonnier, facteur à Chavaniac partit en 1957 porter symboliquement le courrier français aux États-Unis lors du bicentenaire de la naissance de Lafayette, il reçut en cadeau quelques graines de Douglas, ce pin de qualité que les charpentiers apprécient. La transformation des méthodes conduit aussi à la réflexion sur les matériaux et les semences.

 

Enfin, le triangle que constitue la Chaise-Dieu, Paulhaguet et le Val d’Allier forge ses réponses au fil des expériences : un climat sain, des paysages et des initiatives innovantes rencontrent à rebours une relative pauvreté en logements de confort.  L’habitat se restaure lentement tandis que les villages fleurissent leurs pas de portes et organisent désormais des repas collectifs qui forgent la convivialité de terrain entre les nouveaux arrivants et les anciens. Cependant, rares sont les logements locatifs de qualité, où les nouveaux ruraux puissent tester sur mois pleins leurs nouvelles activités.  En Auvergne, on achète sa maison et on la loue difficilement à d’autres que de la famille. Pour l’innovation, la famille peut également, après moult débats, soutenir l’audacieux (ou l’audacieuse) envers et contre tous.  Le jeu créatif est, en territoire rural,  un jeu collectif.

Créativité des paysages des marges

Naguère ces paysages étaient délaissés pour la ville et sa fluidité fonctionnelle. Jean Ferrat a chanté cet abandon et le déchirement de la nostalgie dès  1964.  Cinquante ans plus tard, les espaces forestiers redeviennent des espaces à vivre. Le formica « vintage » concurrence   le mobilier en « bois d’arbre » et le « ciné » de la chanson  de la Montagne se regarde désormais en famille sur un écran informatique. Les résidences secondaires ont servi de lien  de retour et la connaissance autodidacte est partie à rebours, dans une attention constante aux savoirs du passé. L’estive n’était pas une esquive. En 2013, Le magazine Esprit Village a sorti un numéro exceptionnel sous le titre « Vingt territoires bluffants » dont la philosophie s’apparente à ce qui est en train de bouger sur cette Auvergne altiligérienne.

François Oriol qui travaille au Conservatoire d’Espaces  Naturels Auvergne (antenne de Chavaniac)[9] détaille la diversité de ces paysages de frontières : forêts, prairies de fauche, zones humides, ravins… tandis que l’écrivain Bernard Farinelli[10] décrit le Bocage Bourbonnais structuré autour de la préservation séculaire des haies bordées de la forêt de Tronçais. Les années 1970 ont failli détruire l’écosystème de cette centaine de communes bocagères. Quelques penseurs avaient pressenti le désastre à venir : François Terrasson[11], biologiste originaire de l’Allier qui en 1988 décrivait La peur de la nature et l’européen Rudolf Steiner [12] dont les continuateurs installèrent la principale école[13] au sein du Bocage, contribuant à sa résistance. La prise de conscience des potentialités des haies vives, en Bretagne comme en Bourbonnais, a circulé auprès du public par les alertes musclées mais aussi des essais, des romans et toutes les modalités de la prise de parole publique.  Le lent refus du modèle de la céréale spéculative prônée par les Beaucerons s’est construit tout aussi bien par la redécouverte des récits d’Émile Guillaumin, que par la proximité des résidents hollandais et anglais, confiants dans les astuces vivantes de la nature. La revalorisation de l’économie agricole vivante et de proximité offre une perspective globale qui s’attache aussi bien aux terrasses de montagne qu’aux bocages.  Claudine Cormerais, venue  avec Claire Santschi de la vallée de l’Alagnon, nous a évoqué avec beaucoup d’émotion le travail des amis de Léotoing qui, de la préservation du four banal en 1978[14], travaillent désormais sur des chantiers d’envergure, à aménager les terrasses séculaires de l’Allier.

La céramiste Cécile Auréjac parle de son désir de re-naturer les territoires, quand elle évoque à la fois sa domiciliation sur le hameau de Grahy (village de Vals-le-Chastel, 46 habitants, ComCom de Paulhaguet) et son travail  de conseil auprès du Conservatoire du Littoral. Le cap Fréhel, la Pointe des Poulains, Belle Ile en Mer, autant d’opérations maritimes qui ne sont pas philosophiquement éloignées des expériences de la Belle Étoile de Grahy. Re-naturer et interpréter le paysage conduit aussi à le modeler patiemment, dans le respect des accidents et des surprises de la terre : Cécile Auréjac exposait pour « Orient-Occident, des passerelles arc en ciel », cinq totems animaliers cuits au feu par la technique patiente du raku-yaki (littéralement « la cuisson confortable »), mise en œuvre dans le Japon au XVIème siècle.

Pour analogie, la vocation du Conservatoire du Littoral est de constituer une pratique de « Tiers naturel » du Littoral à l’horizon 2050 dans le respect des « trésors nationaux » que constituent encore certains sites. Pour ce faire le Conservatoire n’hésite pas à interdire l’accès aux sites d’un tourisme de masse et repenser intimement cette alliance Homme – Nature que la paysannerie d’altitude a souvent recherché. Sur le Massif central, les arbres à boulange de la pinatelle du Zouave près du Puy, les multiples trognes et têtards décrits par Dominique Mansion[15] ou le tressage creusois des arbres sont les traces de partenariats séculaires entre les humains et les paysages.  Quatre auteurs, Cécile Auréjac, Alain Freytet, Franck Watel et Françoise Maison ont conçu en 2009 l’ouvrage de contemplation Dialogues avec des arbres remarquables en Limousin qui continue à susciter des ventes. La constitution des Parcs Naturels Régionaux est partie de cette philosophie : préserver la biodiversité locale et permettre tout en même temps  la coexistence des hommes, des bêtes et des végétaux.

Bernard Farinelli utilise le terme « d’équilibre d’attractivité » pour souligner combien cet équilibre local se construit d’attentions précises, régulièrement ajustées par l’expérience. Véronique Bene (Vivadesign), qui quittait naguère la pollution des images de la capitale pour revivifier ses rêveries à la Casa dei de Chanteuges en surplomb de l’Allier, utilise aussi la métaphore de « préserver les chemins ». Les chemins mythiques de Véro Bene serpentent par son blog du Lézard, la peinture du vent, le trésor des contes, l’écoute collective  et les randonnées à vélo. La fluidité des ressentis à l’écoute de la diversité des paysages.

 Savoir se vendre ou savoir se penser ? 

Résumer un dialogue de plusieurs heures est impossible s’il ne passe pas par des expressions fortes qui offrent une capacité d’énergie comparables. Gérard Lombardi, vit dans un hameau et travaille dans la capitale régionale. Concepteur visuel de la communication marketing de la Région Auvergne, il défend la logique « cible » ou « produit » de l’accroche « Nature » de la Région, qu’il associe par des clips « clin d’œil » qui font mouche auprès des citadins.   Le débat se situe à de multiples niveaux qui se complémentent.

Cette accroche « nature » est elle sincèrement ressentie par les nouveaux arrivants?  Les questions posées ont des réponses parfois difficile traduire. Si, pour exemple, on photographie la vue extérieure des salles à manger des personnes qui se déclarent « sensibles à la nature », 85% d’entre elles barrent leur horizon d’une haie de thuyas.  Que faire pour diversifier cette vue et permettre au vivant d’y entrer ? Les architectes Corinne Portal et Diane Deboaisne (CAUE) travaillent sur la trame verte et bleue. L’émiettement de l’habitat individuel grignote depuis 15 ans un cinquantième du territoire national, particulièrement les terres agricoles fertiles. Que faire contre ce « béton vert » de la haie de thuyas  qui bouche aussi bien la vue qu’il détruit l’écosystème  animalier ?  Comment rationaliser le « vivre ensemble » écologique de la paysannerie, des forestiers, des habitants des nouvelles banlieues et des estivants ?

Les CAUE ont édité et offrent  un petit guide de la trame vert et bleue par logique d’espèces qui, tels les papillons recréent des corridors écologiques. Sylvie Monnier conduit une mission « haies » en Auvergne, qui conseille de valoriser les essences locales : tel frêne d’Auvergne se plait en Val d’Allier alors qu’il pousse mal dans le Cantal. À Chavaniac, le Conservatoire d’Espaces  Naturels (Auvergne, site Haute-Loire) adopte la même discipline de conseil aux espèces locales, adaptées aux terroirs et aux petits hôtes des bois et des champs qui les peuplent.

Selon Guy Vissac, le Conseil Général de Haute-Loire a fait un gros travail de communication extérieure  ces dernières années malgré une désignation que certains considèrent comme confuse voire handicapante : la Haute-Loire est tout autant pays du Forez, Velay et gorges de l’Allier. Disons le : la Haute-Loire n’est pas un fromage comme le Cantal ni une montagne comme le Puy de Dôme, la Haute-Loire est une Mélusine mystérieuse que notre époque redécouvre après en avoir dédaigné les attraits. Elle a donc, dans la foison de ses sites, orgues, rivières, prés, terrasses, jardins, forêts et sentes herbues des attraits que nulle uniformité ne trouble : une mosaïque rouge sombre ponctue l’implantation humaine dans le labyrinthe des montagnes bleues et des sapinières vertes. Le latin Liger a donné en occitan Léger dont l’imaginaire se déploie en vol.  L’oiseau altiligérien reste, par le contraste de ses paysages de chasse, un subtil sauvage.

Le biologiste Jean Rostand exprimait dans les années 1950 sa crainte d’une « a-genèse », par reflux de la créativité terrestre. Celle-ci revient pourtant sur tous les massifs anciens qui subissent l’attraction des Alpes, actuellement centre de mouvements profonds.  Il semble que ces métamorphoses subtiles attirent comme un aimant la créativité des humains, dans une nature qui lutte, de son côté, sur des modalités secrètes. Les créatifs, associatifs, artisans ou entrepreneurs, ont cette capacité à sentir intuitivement et de façon complexe les recompositions qui se jouent, sur les traces inspirées d’essayistes, de poètes[16] et de romanciers ancrés, tels que « l’écrivain-paysan » Émile Guillaumin  (né et mort dans l’Allier, 1873-1951) ou le fou d’Ambert, Henri Pourrat. Rien de plus paradoxal que cette tradition : pour  le « sorcier du canton » Henri Pourrat (né et mort dans le Puy de Dôme, 1884 -1959)[17] la sève  et le silence, sont des partenaires philosophiques de l’âme. Ces auteurs fameux des années 1930, oubliés du grand public, touchent désormais des lecteurs nomades de toutes origines confondues : un pied en Auvergne, un pied ailleurs, la tête sur les lignes mondiales d’internet, le nez au vent de ce vivant originel issu des volcans et de ce ligérien crétacé, multimillionnaire en âge.

Si l’on résume les aménités de la Nature à la façon de Jean-Jacques Rousseau, celle-ci ne peut nous décevoir, car elle développe de l’accueil et de la bonté par la beauté des paysages.  Cette perspective change profondément la réflexion car elle réinstaure la recherche et le dialogue, comme les pierres angulaires du développement et de l’innovation. Ces critères  offrent des dimensions d’éthique, de savoirs faire, de savoir-être et de place dans un destin de groupe. Penser son habitat en harmonie avec la terre qui le reçoit est une attitude responsable sur laquelle les peuples d’Extrême-Orient ont longuement réfléchi : l’art du Feng sui rejoint le zen ou les techniques concrètes de la « cuisson lente » du raku.

De fait, la logique dite « qualité » qui est également une logique « recherche », ne fonctionne jamais sur les mêmes dimensions que la logique dite « produit », car attentive aux lenteurs, aux surprises et aux mystères de la route, elle ne hiérarchise pas les perceptions, mais les renoue, les colorie ou les brode dans une dentelle qui fait sens dans ses renouvellements. Explorer l’enchevêtrement naturel et historique des pays comme un matériau pérenne,  aux saveurs qui varient  de la gentiane au saucisson, du pin Douglas à la girolle sylvestre,  du loup au mouton Rava, c’est à la fois  préserver et  faire prospérer les voies du vivant, c’est redécouvrir les potentialités des paysages et la densité des territoires. Les analogies et les interprétations subtiles peuvent alors se construire, en arc en ciel inversé.

Invités pour la première fois à Chavaniac dans le cadre d’une résidence artistique exceptionnelle, les artistes chinois[18] ne s’y sont pas trompé : « ici c’est comme une famille, cela ne ressemble à aucun autre festival ; nous avons été surpris de ce bonheur et de la beauté de ce que nous avons découvert et qui ne ressemble en rien de ce que nous avions imaginé ».

Et de lancer joyeusement en final des discours, lors du vernissage des Arts ForeZtiers : « Vous êtes tous invités à Shanghai ! »

Sylvie Dallet (18 octobre 2013)


[1] Pour le descriptif de la situation historique de Chavaniac Lafayette se reporter à la synthèse  2010 de la réunion 22  intitulée  « Les Sylvains de Lafayette »

[2] Giorgio Agamben,  Enfance et histoire. Destruction de l’expérience et origine de l’Histoire, Payot 2000-premère édition 1978, Italie.

[3] Anne Drevon (Coach entreprises, Agence ADN) suit régulièrement les travaux de la Plate Forme et Youmna Tarazi  (Théâtre & Olfaction) a été présentée lors de la séance Topographies de l’art.

[4] L’ouvrage  d’Henri Pourrat, Le secret des compagnons  (Gallimard, 1937) philosophe sur la vivacité de cette sève créatrice. Le verrier Franck Raynaud a utilisé une  de ces phrases, dans une installation éphémère de miroir d’eau  et arcs en ciel, dans le lavoir.

[5]  Le Parc Livradois-Forez est resté le grand absent de cette rencontre collective, malgré la présence du Conservatoire des Espaces naturels Auvergne, dont une des antennes est à Chavaniac.

[6] La dASA lancée en 1999 travaille sur l’économie sociale et solidaire, la culture  et la citoyenneté en territoire rural. Elle travaille plus particulièrement en ce moment sur la création de « logements passerelles » afin de faciliter la mobilité et l’accueil.

[7] Depuis 1994, l’Hôtel de la Dentelle est un centre de formation agréé qui prépare les stagiaires de la formation professionnelle au Certificat d’aptitude professionnelle Arts de la Dentelle. En 2001, fort de son image de référence technique, il met en place les Certificats de capacités, ouvert aux dentellières de tous pays.

[8] J. Corneloup canine également la nouvelle revue interdisciplinaire de recherche en ligne Nature & Récréation, associée à une réflexion sur les pratiques sportives (publication papier 2013).

[9] Le CEN Auvergne regroupe les antennes de Murat pour le Cantal et Chavaniac pour la Haute Loire. Cette association travaille  à Chavaniac en relation avec le Conservatoire botanique (cf. Les Sylvains de Lafayette) et se compose de salariés et d’équipes de bénévoles.

[10]  Citons  Le pari du bocage et de la haie, préface Marie Claude Terrasson et texte inédit de François Terrasson. Bernard Farinelli vit dans un hameau bourbonnais, est chroniqueur à Esprit Village  et travaille sur l’ensemble de l’Auvergne.

[11] François Terrasson (né en 1939 à Saint-Bonnet-Tronçais – décédé  en 2006), écrivain et naturaliste français. Chercheur et maître de conférences au Muséum national d’histoire naturelle depuis 1967, il s’intéressait tout particulièrement au rapport qu’entretient l’homme avec la nature (la géonomie) sous l’angle philosophique, scientifique, politique et agricole. Il est un des membres fondateurs en 1969 de la structure pionnière des Journalistes-écrivains sur la nature et l’écologie (“JNE”) qui regroupe aujourd’hui quelque 250 journalistes.

[12] Rudolf Steiner (1861-1905) auteur et penseur de la biodynamie, de l’éducation et de l’anthroposophie,   créateur des écoles Waldorf et du livre de référence Philosophie de la Liberté.

[13] École Steiner Waldorf, château de la Mhotte à Saint Menoux (20 km de Moulins).

[14]  Le Site web les amis de Léotoing  témoigne d’une action concertée remarquable qui conjugue une action conservatoire  du patrimoine rural à une réflexion en biodynamie, écotourisme et développement durable.

[15] Dominique Mansion, Les trognes, 2010

[16] Le savant  et poète Charles Cros exprime cette nostalgie de la nature et de la « sauvagerie » dès la fin du XIXème siècle au travers le poème, Plainte  (cité à l’oral du baccalauréat 2013), inséré dans l’œuvre posthume le Coffret de Santal. « Vrai sauvage égaré dans la ville de pierre,
À la clarté du gaz je végète et je meurs.
Mais vous vous y plaisez, et vos regards charmeurs
- M’attirent à la mort, parisienne fière.
 
Je rêve de passer ma vie en quelque coin 
Sous les bois verts ou sur les monts aromatiques,
En Orient, ou bien près du pôle, très loin,
Loin des journaux, de la cohue et des boutiques.
 
Mais vous aimez la foule et les éclats de voix,
Le bal de l’Opéra, le gaz et la réclame.
Moi, j’oublie, à vous voir, les rochers et les bois,
Je me tue à vouloir me civiliser l’âme.
 
Je m’ennuie à vous le dire si souvent :
Je mourrai, papillon brûlé, si cela dure…
Vous feriez bien pourtant, vos cheveux noirs au vent,
En clair peignoir ruché, sur un fond de verdure. »

[17] Henri Pourrat, ingénieur agronome, chroniqueur réactionnaire mais patient ethnologue amoureux de l’Auvergne, pensait que ce massif restait le lieu privilégié pour découvrir et comprendre l’esprit paysan et, par là-même « atteindre l’universel ». Il a écrit une cinquantaine d’ouvrages (dont les plus connus sont Gaspard des Montagnes et le Trésor des Contes) et est un des acteurs du renouveau du Moulin  papetier Richard de bas.

[18]  Les liens ont été fait notamment avec Florvital, dans le cadre d’une visite  des artistes et artisans à l’entreprise, lors de la résidence à Chavaniac, de même qu’avec le Moulin Richard de Bas (Ambert), partenaire des Arts ForeZtiers depuis sa fondation en 2010.  Le peintre Jin Yushu venu à Chavaniac en simple artiste, a préfiguré  en 2012 la création du premier Musée d’Art Contemporain de Shanghai, le Musée Himalaya et son ami le calligraphe Yanfei Chen dirige une petite entreprise de design mobilier.

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